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Publié

MYRTILLE DELAMARCHE PÉTROLE , AFRIQUE , AFRIQUE 

PUBLIÉ LE 15/09/2016 À 18H25

Vitol, Trafigura ou Addax mais aussi Glencore, Mercuria et Gunvor commercialisent en Afrique des carburants toxiques, qui ne pourraient être vendus nulle part en Europe, montre l’ONG Public Eye (ex Déclaration de Berne) dans un rapport publié le 15 septembre. C’est vrai. Mais si la démarche n’est pas éthique, elle n’est pas non plus illégale.

"En Afrique de l’Ouest notamment, les négociants Vitol, Trafigura ou encore Addax & Oryx profitent de la faiblesse des standards pour vendre des carburants de mauvaise qualité", affirme Public Eye en introduction du rapport "Dirty Diesel" rendu public ce 15 septembre. Les échantillons prélevés à la pompe par l’ONG dans 8 pays du continent africain [Angola, Bénin, Congo, Ghana, Côte d'Ivoire, Mali, Sénégal et Zambie] atteignent jusqu’à 378 fois la teneur en soufre autorisée en Europe. Ils contiennent à des niveaux également interdits par les normes européennes d’autres substances nocives comme le benzène et les aromatiques polycycliques.

ONG affirme en outre que les négociants suisses fabriquent à dessein ces carburants de piètre qualité, en mélangeant divers produits pétroliers semi-finis à d’autres substances pétrochimiques afin de créer ce que l’industrie appelle "la qualité africaine". C’est là qu’est la nuance : les teneurs des échantillons prélevés sont comparées aux normes européennes, très différentes de celles en vigueur dans nombre de pays d’Afrique, où elles ont peu évolué alors que la réglementation européenne ne cessait de se durcir. "En moyenne, le niveau de soufre accepté dans les carburants en Afrique est 200 fois plus élevé que la limite européenne", reconnaissent les auteurs du rapport.

Quantité maximale de souffre (en parties par million - ppm) dans le carburant diesel par région

 

© Public Eye

L’information n’est pas nouvelle. En 2012, Hart Energy publiait une carte du monde de la teneur en soufre dans le gazole qui montrait une teneur moyenne supérieure à 2000 ppm sur le continent africain, avec des pics supérieurs à 7000 ppm dans certains cas. Seul le Maroc avait à l’époque imposé l’utilisation de gazole désoufré.

 

 

© Moteur Nature / Hart Energy

Un risque majeur pour la santé publique

Le niveau de soufre dans le carburant influe directement sur les émissions de dioxyde de soufre (SO2) émis par le véhicule. "L’utilisation de carburants désoufrés (à 10 ppm) réduirait immédiatement de moitié les émissions de polluants. Couplée à un renouvellement du parc pour des véhicules utilisant des systèmes modernes de réduction des émissions, les polluants émis par les véhicules baisseraient de 99%", affirme Public Eye.

Le SO2 n’est pas le seul désagrément de ces carburants toxiques. Dans certaines villes africaines, le niveau de particules en suspension est plus élevé qu’à Pékin ou New Delhi :

 

© Public Eye

Un frein à l’exportation de véhicules haut de gamme

"Même si toutes les voitures en circulation étaient neuves, ces hauts niveaux de soufre corroderaient les systèmes de contrôle des émissions les plus modernes et la qualité de l’air n’en serait pas améliorée. Tant que le niveau de soufre ne baissera pas, tous les efforts de modernisation du parc automobile africain seront vains", affirme Public Eye dans son rapport.

La piètre qualité des carburants vendus en Afrique, si elle permet à certains d’écouler leurs invendus, pénalise effectivement les constructeurs dont les gammes aux nouvelles normes européennes deviennent incompatibles avec ces carburants. Notamment dans les camions : "nous faisons d’énormes efforts pour satisfaire aux normes Euro qui sont plus rigoureuses dans le poids lourds que dans l’automobile. Par exemple, les niveaux d’émissions d’un camion doivent être garantis pendant 750 000 km. Mais nous sommes confrontés à un problème de qualité de carburant dans certaines zones comme l’Afrique du Nord, qui nous empêche de faire rouler des poids lourds après la génération Euro 3. Les équipements de dépollution modernes ne sont pas compatibles avec ces fortes variations de la qualité de carburant", expliquait récemment Jean-Marc Diss, directeur général de Daimler Trucks France, à l’Usine Nouvelle.

Tout est question de normes

A travers une pétition, Public Eye demande à Trafigura de s’engager à ne vendre, partout dans le monde, que des carburants conformes au standard européen. Plus qu’une solution sérieuse au problème de pollution atmosphérique en Afrique, il s’agit là d’un clin d’œil à l’engagement du PDG de la multinationale à la réputation sulfureuse, Jeremy Weir, de faire de Trafigura "un leader reconnu en matière de responsabilité sociale d’entreprise". Il est plus urgent de convaincre les gouvernements des pays importateurs de relever leurs normes nationales, la société de négoce n’étant là certes pas éthique mais néanmoins dans la légalité.

Myrtille Delamarche

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